
On reçoit un patient en consultation, on sort la grille Tinetti imprimée depuis un PDF trouvé en ligne, et on cote en cinq minutes. Le score tombe : 18 sur 28. Risque modéré, on passe à la suite.
Le problème, c’est que ce 18 peut valoir 15 ou 21 selon la version du PDF utilisée, la façon dont on a coté les items ambigus et les conditions dans lesquelles le test a été passé. Les écarts de cotation entre deux évaluateurs sur un même patient atteignent régulièrement plusieurs points, suffisamment pour faire basculer une interprétation clinique.
Version du PDF Tinetti et total de points : la source d’erreur invisible
Avant même de parler de passation, il faut vérifier ce qu’on a entre les mains. Plusieurs versions du test de Tinetti circulent en ligne, et elles ne sont pas toutes identiques. Certaines grilles PDF omettent des items, en reformulent d’autres ou modifient la pondération.
On applique alors un seuil d’interprétation (par exemple un score inférieur à 19 ou 20 sur 28) sur un document dont le total de points ne correspond pas à la version validée du POMA. Les synthèses méthodiques montrent que les seuils publiés varient de 15 à 26 points selon les populations étudiées, avec des sensibilités allant de 24 à 91 % et des spécificités de 37 à 97 %.
Autrement dit, il n’existe pas de cut-off universel fiable.
Quand on identifie les erreurs fréquentes sur le test de Tinetti PDF, celle-ci arrive en tête : utiliser un document non vérifié puis interpréter le score comme si la version n’avait aucune importance.
Vérifier sa grille avant chaque passation
On compte les items : 9 pour l’équilibre statique, 7 pour la marche dans la version originale. Si le PDF en comporte plus ou moins, c’est une version modifiée. Le total doit être de 16 points pour l’équilibre et 12 pour la marche, soit 28 au global.

Cotation des items ambigus : équilibre debout et longueur du pas
Même avec le bon PDF, la formulation de certains items laisse une marge d’interprétation qui génère des écarts entre évaluateurs. Deux items concentrent la majorité des problèmes sur le terrain.
Équilibre immédiat debout dans les premières secondes
La grille distingue trois niveaux : instable (0), stable avec aide technique (1), stable sans aide (2). En pratique, un patient qui oscille brièvement pendant deux secondes puis se stabilise pose un vrai problème de cotation. On hésite entre 0 et 2, et selon l’évaluateur, le score sur cet item seul varie de deux points.
La règle qu’on applique : si le patient a besoin de toucher un appui (table, accoudoir, mur) pendant ces premières secondes, même furtivement, on cote 1. Si le balancement se corrige sans contact extérieur, on cote 2. Cette convention n’est pas inscrite dans la grille, mais elle réduit la variabilité.
Hauteur et longueur du pas pendant la marche
L’item demande d’observer si le pied se détache du sol et si le pas dépasse le pied controlatéral au repos. Sans marquage au sol ni repère visuel, cette évaluation reste subjective. On se retrouve à estimer à l’œil si un pas de quelques centimètres dépasse ou non le pied d’appui.
Un couloir avec du carrelage régulier aide : les joints servent de repères. Sur une moquette uniforme, les retours varient sur ce point et la cotation devient moins reproductible.
Conditions de passation du test Tinetti qui faussent le score
La grille ne précise ni la longueur exacte du parcours de marche, ni le type de chaussures, ni l’heure de passation. Ces paramètres modifient pourtant le résultat de façon mesurable.
- La fatigue de fin de journée abaisse le score de marche chez les patients les plus fragiles. Passer le test systématiquement le matin stabilise les comparaisons dans le temps.
- Les chaussures changent tout : un patient évalué pieds nus puis en chaussures fermées ne produit pas le même score. On fixe une règle et on la note sur la feuille.
- La longueur du couloir influence le rythme de marche. Un parcours trop court empêche d’observer la régularité du pas. On vise au minimum huit à dix mètres aller.
- La présence ou l’absence d’aide technique (canne, déambulateur) doit être documentée. Un score de 22 avec canne et un score de 22 sans canne ne racontent pas la même histoire clinique.
Noter les conditions exactes de passation sur le PDF est la seule façon de rendre les scores comparables d’une séance à l’autre.

Score Tinetti isolé et prédiction des chutes : les limites du test seul
On cote, on obtient un score, et on range le patient dans une catégorie de risque. Le réflexe est compréhensible, mais les données montrent que le test de Tinetti utilisé seul ne prédit pas correctement les chutes futures. Au seuil classique de moins de 20 sur 28, la sensibilité tombe à 0,45 et la spécificité à 0,69. Concrètement, plus d’un patient chuteur sur deux passe à travers le filet du dépistage.
Ce n’est pas un défaut du test en soi, mais une erreur d’utilisation. Le Tinetti mesure l’équilibre et la marche à un instant donné. Il ne capture ni la peur de la chute (mesurée par le FES), ni la vitesse de réaction, ni les facteurs environnementaux du domicile.
Croiser le Tinetti avec d’autres évaluations
Le Timed Up and Go (TUG) complète utilement le Tinetti en ajoutant une composante temporelle : on mesure en secondes le temps nécessaire pour se lever, marcher, faire demi-tour et se rasseoir. Combiner les deux tests donne une image plus fiable du risque réel.
- Le Tinetti fournit un score qualitatif item par item, utile pour cibler la rééducation.
- Le TUG fournit une mesure chronométrée, plus sensible aux variations fines de performance.
- Le questionnaire FES évalue la dimension psychologique, la peur de tomber, qui influence directement le comportement de marche.
Un score Tinetti ne devrait jamais être interprété sans contexte clinique complémentaire. Prendre une décision sur la base d’un seul chiffre issu d’un seul test reste l’erreur la plus lourde de conséquences, et la plus facile à éviter.